·Revu par Comité éditorial Cardiologues
Vous marchez, et au bout de 200 mètres, vos mollets brûlent. Vous vous arrêtez, attendez quelques minutes, et ça repart. Puis ça revient. Ce phénomène, appelé claudication intermittente, est le symptôme le plus caractéristique de l'AOMI — une maladie des artères des jambes qui traduit un rétrécissement progressif de ces vaisseaux par des dépôts graisseux (athérosclérose). Et qui témoigne souvent d'un risque cardiovasculaire global élevé.
L'AOMI : une maladie cardiovasculaire, pas seulement des jambes
L'Artériopathie Oblitérante des Membres Inférieurs (AOMI) est le rétrécissement ou l'occlusion des artères qui irriguent les jambes, principalement par athérosclérose. Mais ce que beaucoup ignorent, c'est que l'AOMI n'est pas une maladie isolée des jambes : elle est le reflet d'une atteinte athérosclérotique généralisée.
Un patient avec une AOMI a un risque significativement accru d'infarctus du myocarde et d'AVC. Selon les données de l'ESC, la mortalité cardiovasculaire des patients avec AOMI symptomatique est comparable à celle des patients coronariens. C'est pourquoi le cardiologue — et non uniquement le chirurgien vasculaire — est pleinement concerné par la prise en charge de l'AOMI.
Les facteurs de risque : le tabac en tête
L'AOMI partage les mêmes facteurs de risque que les autres maladies cardiovasculaires, mais l'un d'entre eux domine largement :
- Tabagisme : c'est le facteur de risque numéro un de l'AOMI. Il multiplie le risque par 3 à 4. La majorité des patients avec AOMI sont fumeurs ou ex-fumeurs.
- Diabète : favorise l'atteinte des petits vaisseaux distaux (artères jambières), rendant la maladie plus diffuse et plus difficile à traiter.
- Hypertension artérielle
- Dyslipidémie (excès de LDL-cholestérol)
- Age avancé (plus de 65 ans) et sexe masculin
- Insuffisance rénale chronique
Les symptômes : des stades bien définis
L'AOMI évolue selon des stades de gravité croissante, décrits par la classification de Leriche et Fontaine, référence internationale utilisée par les cardiologues et chirurgiens vasculaires français :
| Stade | Symptômes | Situation clinique |
|---|---|---|
| Stade I | Aucun symptôme | AOMI asymptomatique, détectée par IPS abaissé |
| Stade IIa | Claudication au-delà de 200 mètres | Gêne légère à la marche, périmètre de marche conservé |
| Stade IIb | Claudication en dessous de 200 mètres | Gêne significative, limitation fonctionnelle marquée |
| Stade III | Douleurs de repos (ischémie permanente) | Douleurs nocturnes, soulagées en position déclive (jambe pendante) |
| Stade IV | Troubles trophiques : ulcères, gangrène | Ischémie critique menaçant le membre — urgence vasculaire |
Le diagnostic : l'IPS d'abord, puis l'imagerie
L'Index de Pression Systolique (IPS) : l'examen de dépistage
L'IPS est un examen simple, non invasif, réalisable au cabinet médical avec un simple tensiomètre et un écho-doppler portatif. Il mesure le rapport entre la pression artérielle à la cheville et la pression artérielle au bras.
- IPS normal : entre 0,9 et 1,3
- IPS entre 0,7 et 0,9 : AOMI légère à modérée
- IPS inférieur à 0,7 : AOMI sévère
- IPS inférieur à 0,4 : ischémie critique
Un IPS supérieur à 1,3 peut témoigner d'une rigidité artérielle (artères calcifiées non compressibles) et ne doit pas être interprété comme rassurant — c'est aussi un signe de risque cardiovasculaire élevé.
L'écho-doppler artériel des membres inférieurs
L'écho-doppler (échographie couplée à l'analyse du flux sanguin) permet de visualiser les artères segment par segment, de localiser les rétrécissements et d'évaluer leur degré de sévérité. C'est l'examen clé pour planifier une revascularisation éventuelle.
L'angio-scanner et l'angio-IRM
Ces examens d'imagerie en coupe permettent une cartographie précise des lésions artérielles sur l'ensemble du réseau (aorte, artères iliaques, fémorales, jambières). Ils sont réalisés avant une intervention de revascularisation pour planifier le geste le plus adapté.
La recherche de lésions cardiovasculaires associées
Chez tout patient avec AOMI confirmée, le cardiologue recherche systématiquement une atteinte coronarienne associée (ECG, épreuve d'effort, scintigraphie myocardique) et une carotidopathie (écho-doppler des carotides), car ces localisations coexistent fréquemment.
Le traitement : médical, endovasculaire ou chirurgical
Le traitement médical : la base indispensable
Quel que soit le stade, le traitement médical est systématique et indispensable. Il vise à réduire le risque cardiovasculaire global et à ralentir la progression de l'athérosclérose :
- Sevrage tabagique absolu : la mesure la plus efficace. Tout continuer à fumer après un diagnostic d'AOMI multiplie le risque d'amputation. Une aide médicamenteuse (varénicline, substituts nicotiniques) doit être proposée.
- Statines (hypolipémiants) : réduisent les LDL et ont un effet anti-inflammatoire sur la plaque d'athérome. Recommandées chez tous les patients avec AOMI, quelle que soit leur cholestérolémie de base.
- Antiagrégants plaquettaires : aspirine faible dose ou clopidogrel, pour réduire le risque thrombotique artériel.
- Contrôle tensionnel strict : objectif tensionnel adapté selon le profil (IEC ou ARA2 préférés chez les diabétiques).
- Équilibre du diabète : un diabète mal contrôlé aggrave significativement l'évolution de l'AOMI.
La marche thérapeutique : un traitement à part entière
La marche régulière et progressive est un traitement validé scientifiquement pour la claudication intermittente. Selon les recommandations de la HAS et de l'ESC, une rééducation vasculaire supervisée améliore le périmètre de marche de façon significative, parfois mieux que la revascularisation dans les formes modérées. L'objectif : marcher jusqu'à la douleur, s'arrêter, reprendre — chaque jour, au moins 30 à 45 minutes.
La revascularisation endovasculaire (stent, angioplastie)
Pour les lésions courtes et accessibles (sténoses iliaques ou fémorales superficielles), l'angioplastie percutanée avec ou sans pose de stent permet de rouvrir l'artère sans chirurgie. La procédure est réalisée par voie fémorale controlatérale, sous anesthésie locale, avec une hospitalisation courte (24 à 48 heures).
Le pontage chirurgical
Pour les lésions étendues ou complexes (occlusions longues, atteintes aorto-iliaques bilatérales), le pontage chirurgical consiste à "court-circuiter" les artères bouchées en utilisant une veine prélevée sur le patient (veine saphène) ou une prothèse synthétique. C'est une intervention sous anesthésie générale avec une hospitalisation plus longue, mais qui offre une perméabilité durable supérieure aux stents dans certaines configurations.
La prévention : agir avant les symptômes
L'AOMI est largement prévisible et partiellement évitable. Chez les patients à risque (fumeurs, diabétiques, hypertendus de plus de 65 ans), un dépistage par IPS est recommandé par la HAS, même en l'absence de symptômes. Les principales mesures de prévention sont :
- Ne pas fumer — ou arrêter le plus tôt possible
- Pratiquer une activité physique régulière (marche, vélo, natation)
- Contrôler la tension artérielle, le diabète et le cholestérol
- Surveiller ses pieds quotidiennement si diabétique : la moindre plaie doit être signalée rapidement
Articles connexes
- Hypertension artérielle : le suivi cardiologique expliqué
- Cholestérol : le bilan lipidique et le rôle des statines
- Épreuve d'effort : dépister une coronaropathie associée à l'AOMI
- Après un infarctus : le suivi cardiologique et la prévention secondaire
FAQ — Vos questions sur l'AOMI
La claudication est-elle toujours due à l'AOMI ?
Non. Les douleurs à la marche dans les jambes peuvent avoir d'autres causes : hernie discale avec compression nerveuse (sténose canalaire), insuffisance veineuse, arthrose sévère. La différence clé : dans la claudication artérielle, la douleur apparaît à l'effort, disparaît rapidement au repos (en quelques minutes) et est reproductible au même périmètre de marche. La mesure de l'IPS par le médecin traitant ou le cardiologue permet de trancher.
Peut-on guérir de l'AOMI ?
L'AOMI est une maladie chronique qui ne se "guérit" pas au sens strict. En revanche, la progression peut être significativement ralentie par les traitements médicaux, le sevrage tabagique et l'activité physique. Les revascularisations (stent, pontage) traitent les lésions existantes mais ne corrigent pas la maladie sous-jacente. Le suivi à long terme reste indispensable.
Pourquoi mon cardiologue me suit alors que j'ai un problème aux jambes ?
Parce que l'AOMI est une maladie cardiovasculaire systémique. Un patient avec des artères bouchées aux jambes a très souvent les mêmes lésions d'athérosclérose au niveau des coronaires (artères du cœur) et des carotides (artères du cou). Le cardiologue évalue et traite ce risque cardiovasculaire global — prévention de l'infarctus et de l'AVC — en coordination avec le chirurgien vasculaire ou le médecin vasculaire.
Quand faut-il poser un stent plutôt que d'opérer ?
La décision dépend de la localisation, de l'étendue et du type de lésion, de l'état général du patient et de son risque opératoire. Les lésions courtes et bien localisées (sténoses iliaques, fémorales) sont souvent traitées par angioplastie-stent. Les occlusions longues ou les lésions aorto-iliaques complexes relèvent plus souvent de la chirurgie. Cette décision est prise en concertation pluridisciplinaire, en impliquant le patient.
Le diabétique a-t-il un risque particulier avec l'AOMI ?
Oui, significativement. Le diabète favorise une forme d'AOMI plus distale (artères du pied et de la jambe), plus difficile à traiter par stent ou pontage. La neuropathie diabétique associée masque parfois la douleur — l'ischémie critique peut être silencieuse jusqu'à l'ulcère ou la gangrène. La surveillance quotidienne des pieds et le contrôle glycémique strict sont des priorités absolues pour les diabétiques avec AOMI.
Le sport est-il possible avec une AOMI ?
Non seulement possible, mais fortement recommandé aux stades I et II. La marche régulière est le traitement le plus efficace pour améliorer le périmètre de marche dans la claudication intermittente. Aux stades III et IV, l'activité physique est adaptée à l'état du patient et nécessite un avis médical. Les sports en décharge (vélo, natation) peuvent être pratiqués en complément de la marche, selon les capacités individuelles.
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