·Revu par Comité éditorial Cardiologues

Péricardite et myocardite sont deux mots qui font peur quand on les entend pour la première fois. Pourtant, dans la grande majorité des cas, ces inflammations cardiaques guérissent complètement avec un traitement adapté et du repos. Ce guide vous aide à comprendre la différence entre les deux, comment elles sont diagnostiquées et pourquoi le suivi cardiologique est indispensable même après la guérison.

Péricardite vs myocardite : quelle est la différence ?

Le cœur est entouré d'une membrane protectrice à deux feuillets appelée le péricarde. Le muscle cardiaque lui-même s'appelle le myocarde. Ces deux structures peuvent être le siège d'une inflammation distincte :

Pathologie Structure atteinte Symptôme cardinal
Péricardite Péricarde (enveloppe du cœur) Douleur thoracique typique, soulagée par la position penchée en avant
Myocardite Myocarde (muscle cardiaque) Dyspnée, fatigue, parfois douleur thoracique, troubles du rythme
Myopéricardite Les deux simultanément Tableau mixte, souvent avec élévation des troponines

Ces deux affections peuvent survenir ensemble — on parle alors de myopéricardite. Cette forme mixte est plus sévère et nécessite une surveillance hospitalière.

Les causes : le virus au premier plan

Dans plus de la moitié des cas, aucune cause précise n'est identifiée (péricardite "idiopathique"). Mais les causes virales dominent largement dans les populations jeunes :

Causes infectieuses (virales +++)

Causes non infectieuses

Les symptômes : comment les reconnaître

La péricardite aiguë : la douleur qui dit non à l'allongement

La péricardite aiguë se manifeste typiquement par une douleur thoracique avec des caractéristiques très évocatrices :

La myocardite : une présentation plus variable

La myocardite est plus difficile à reconnaître car ses symptômes sont moins spécifiques :

Myocardite et effort physique : danger réel Une myocardite non diagnostiquée chez un sportif peut entraîner des troubles du rythme graves à l'effort, voire une mort subite. Tout sportif présentant une fatigue inexpliquée, des palpitations ou une dyspnée dans les semaines suivant une infection virale doit consulter un cardiologue avant de reprendre l'entraînement. Ce n'est pas une précaution excessive.

Le diagnostic : ECG, échocardiographie et IRM cardiaque

L'électrocardiogramme (ECG)

L'ECG est souvent le premier examen réalisé. Dans la péricardite aiguë, il montre des modifications électriques caractéristiques (sus-décalage diffus du segment ST en "selle de cheval") qui disparaissent progressivement. Dans la myocardite, l'ECG peut montrer des troubles du rythme, des anomalies de repolarisation ou parfois ressembler à un infarctus.

L'échocardiographie transthoracique (ETT)

L'écho cardiaque permet de :

Les marqueurs biologiques inflammatoires

Une prise de sang recherche :

L'IRM cardiaque : l'examen de référence pour la myocardite

L'IRM cardiaque (ou IRM du myocarde) est aujourd'hui l'examen le plus précis pour diagnostiquer et caractériser une myocardite. Elle permet de :

Critères de Lake Louise (IRM cardiaque) Le diagnostic de myocardite par IRM repose sur les critères de Lake Louise, validés internationalement et mis à jour en 2018. Ils combinent des séquences d'oedème myocardique et de prise de gadolinium pour identifier et quantifier l'inflammation. Ces critères sont utilisés par tous les centres de cardiologie en France.

L'évolution : souvent favorable, parfois compliquée

Péricardite : guérison dans la grande majorité des cas

La péricardite aiguë évolue favorablement chez environ 70 à 80 % des patients avec un traitement bien conduit. Les deux risques principaux à surveiller sont :

Myocardite : pronostic variable selon la sévérité

La myocardite légère à modérée guérit dans la majorité des cas. En revanche, une myocardite sévère peut laisser des séquelles :

Le traitement

Péricardite aiguë : AINS + colchicine

Le traitement de référence de la péricardite aiguë selon les recommandations de l'ESC (2015, confirmées par la HAS) associe :

Myocardite : repos et traitement symptomatique

Il n'existe pas de traitement antiviral spécifique pour la majorité des myocardites. La prise en charge repose sur :

Articles connexes

FAQ — Vos questions sur la péricardite et la myocardite

Peut-on faire du sport après une péricardite ?

Pas immédiatement. Les recommandations de l'ESC imposent un repos sportif strict pendant au moins 3 mois après une péricardite aiguë — et jusqu'à normalisation de la CRP, de l'ECG et de l'échocardiographie. Pour les sportifs de compétition, une épreuve d'effort et un Holter-ECG sont souvent demandés avant la reprise. La précipitation expose au risque de récidive.

Comment savoir si ma myocardite est guérie ?

La guérison est confirmée par la normalisation des marqueurs biologiques (troponine, CRP), la récupération de la fonction cardiaque à l'échocardiographie et l'absence de lésions actives à l'IRM cardiaque de contrôle. Ce bilan de contrôle est habituellement réalisé à 3 à 6 mois. Ne reprenez pas un effort intense avant ce bilan.

La péricardite est-elle contagieuse ?

La péricardite elle-même ne se transmet pas. Mais si elle est due à un virus (grippe, Coxsackie), ce virus peut se transmettre aux personnes proches pendant la phase aiguë. Les précautions habituelles d'hygiène (lavage des mains, éviter d'embrasser les enfants en phase fébrile) s'appliquent.

La cortisone est-elle utilisée dans la péricardite ?

Les corticoïdes (cortisone) ne sont pas recommandés en première intention dans la péricardite aiguë — ils augmentent paradoxalement le risque de récidive selon les études disponibles. Ils peuvent être utilisés dans des situations spécifiques : contre-indication aux AINS, cause auto-immune documentée, formes résistantes. C'est une décision médicale spécialisée.

Doit-on hospitaliser une péricardite ou une myocardite ?

Pas systématiquement pour la péricardite aiguë non compliquée, qui peut être traitée en ambulatoire chez les patients à faible risque. En revanche, une myocardite avec altération de la fonction cardiaque, une troponine très élevée ou des troubles du rythme justifie une hospitalisation pour surveillance. La péricardite avec épanchement important ou signe de compression cardiaque (tamponnade) est toujours une urgence hospitalière.

Peut-on avoir une péricardite ou myocardite après une vaccination ?

Des cas de myocardite et péricardite ont été signalés après vaccination contre le Covid-19 (vaccins à ARNm), principalement chez les jeunes hommes, dans les jours suivant la deuxième dose. Ces cas sont généralement bénins et résolutifs. Les autorités de santé (HAS, ANSM) ont encadré la surveillance de ces effets. La survenue de douleur thoracique dans les jours suivant une vaccination doit conduire à consulter un médecin.

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